Dimanche 5 novembre 2006 à 2:28

Enfin l'hiver approche, lui qui s'est tant fait désirer. Le soleil pâle est à présent trop faible pour réchauffer l'atmosphère. Les rues se vident, le troupeau des flâneurs en tenues légères peu à peu remplacé par un défilé sporadique de silhouettes emmitouflées, marchant prestement afin d'échapper à la morsure de l'air glacial.

Enfin je peux arpenter les pavés à ma guise, sans que l'éclat aveuglant de l'astre du jour ne m'oblige a baisser la tête et à fermer les yeux, sans que la chaleur ne me change en loque sans énergie, sans me noyer dans la marée humaine.

Enfin le froid pénètre ma chair, gèle mes os. Mon corps s'engourdit. Je ne sens plus cette enveloppe inutile et maladroite, tout juste bonne à avancer au hasard des rues. Je ne suis plus qu'un esprit errant dans la nuit, évadé pour un temps de la prison des sens.

Enfin je suis libre. Jusqu'au printemps prochain.

dans la catégorie Feeling

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Mardi 31 octobre 2006 à 14:21

Elle se dresse là, seule, au sommet du tertre.
A ses pieds les fleurs sont depuis longtemps fanées.
Voici l'automne. Au-dessus d'elle le grand hêtre
Pleure sa chevelure de l'été passé.

Chacun évite l'endroit où elle se tient.
Aucune visite, ni parents, ni amis.
Des mémoires, son souvenir s'est évanoui,
De son ancienne vie il ne subsiste rien.

Où s'est donc enfui le temps de l'enterrement
Quand les familles venaient, criant et pleurant
Pour se recueillir devant la pierre tombale?

On a oublié son existence de marbre.
La tombe solitaire dans l'air automnal
Lance ses appels muets, inutiles palabres.


Je vous demande un peu d'indulgence pour ce poème aux mots naïfs et aux vers maladroits, qui date de 2002. J'ai trouvé opportun de ressortir, en cette veille de Toussaint, l'intercalaire sur lequel je l'avais griffoné pendant un cours de physique particulièrement soporifique.

Mercredi 25 octobre 2006 à 2:32

Je vois un port minuscule battu par les vents. En vérité, ce n'est guère plus qu'un amas de cabanes de bois bâties à la va-vite à l'embouchure d'un fleuve, mais on a pris la peine d'y construire un petit ponton et d'y amarrer quelques doris qui tanguent au rythme des vagues.
Autour de ce semblant de village, une forêt de conifères s'étend à l'infini, séparée en deux parties par le fleuve sinueux charriant quantité de bois flotté et de blocs de glace.
Un épais manteau de neige vient compléter ce paysage indubitablement nordique.
Mais arrêtons là la description pour nous intéresser au jeune homme. Vous le voyez? Il sort d'une maisonnette un peu à l'écart des autres... bon, dissimulé comme il est sous plusieurs couches de vêtements épais, difficile d'en faire un portrait précis. Sachez néanmoins qu'il est âgé d'environ vingt-cinq ans, assez grand, brun, et sommes toute plutôt ordinaire. Il se dirige à grand pas vers la jetée, chacune de ses respirations soulignée par un petit panache de vapeur... Et s'arrête soudain, le regard braqué droit devant lui.
Suivons donc la même direction... oui, voilà qui est fort surprenant, vous en conviendrez. Sur le ponton, face à la mer, se tient une fort jolie femme, cheveux au vent, très légèrement vêtue compte tenu de la température qui descend allègrement en dessous de zéro degrés... D'après l'air absolument béat de notre héros involontaire, on peut affirmer que son coeur vient de recevoir une sacrée décharge. Impossible pour nous de savoir si c'est la première fois qu'il assiste à ce spectacle.
Soudain, la femme fait un pas dans le vide, tombe... pour se retrouver debout à la surface de l'eau, comme s'il s'agissait là de quelque choose de tout à fait naturel. Elle marche ensuite tranquillement sur quelque dizaines de mètres, pour s'éloigner un peu de la côte. Elle s'arrête, lève la main, puis trace dans l'air d'étranges arabesques de son index tendu.
L'eau semble alors se cristalliser autour d'elle, emprisonnant lentement son corps dans un cercueil de cristal scintillant, qui s'enfonce dans les profondeurs marines...

Le jeune homme n'a pas bougé... "Elliana", murmure-t-il dans un souffle...


Et c'est là que je me suis réveillé... car malheureusement tout cela n'était qu'un rêve particulièrement réaliste, dont le souvenir m'est resté... Rêve immédiatement consigné en vue d'une exploitation future... qui n'a jamais eu lieu (bien que je sache exactement ce qui va se produire ensuite).
J'espère qu'afficher cela ici me donnera l'envie subite d'écrire la suite, ou pourra inspirer quelqu'un d'autre le cas échéant.
Sur ce, il est 2h30, je vous souhaite donc une bonne nuit. ^^

Lundi 23 octobre 2006 à 11:58

Il en est qui prétendent que les idées ont une vie propre.
Dans ce cas, suis-je donc un assassin?
Je ne compte plus à présent les débuts de romans, les nouvelles inachevées, les amorces de poème, les paragraphes solitaires issus de ma plume.
Qu'elles soient sous forme de fichiers informatiques, griffonnées à la va-vite au dos d'un ticket de caisse, ajoutées dans un cadre au dos d'une feuille de cours ou encore notées consciencieusement dans un cahier prévu à cet effet, toutes ces idées se trouvent à présent dans des pochettes et dans des tiroirs, inexploitées, stoppées dans leur croissance avant d'avoir pu revêtir leur forme définitive.

Tous les jours, je me dis que plus tard, je les reprendrais pour leur ofrir enfin le développement qu'elles méritent. Mais je n'en fait jamais rien. Et plus le temps passe, plus elles s'amoncellent...

La nuit, je peux entendre leurs reproches, leurs suppliques...
Ma chambre est à présent une nécropole, le cimetiére des pensées condamnées, et je suis tout à la fois leur geôlier et leur bourreau...
Alors peut-être en consignerais-je quelques unes ici, dans l'espoir qu'elle puissent prendre racine dans un autre esprit et s'épanouir enfin.

dans la catégorie Réflexion

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Dimanche 22 octobre 2006 à 13:59

Assis devant mon bureau, dans la solitude de ma chambre à coucher à la décoration dépouillée, je trempe ma plume dans l'encrier, puis je la laisse en suspend au-dessus de la page blanche. C'est alors que la même vieille angoisse me serre la gorge... Viendra-t-elle cette fois?
Par la fenêtre de l'appartement, derrière les volets clos, les sons étouffés de la ville toujours en mouvement parviennent jusqu'à moi. Sera-t-elle effrayée par toute cette agitation, par cet intolérable grouillement urbain? Elle qui est si douce, si pure, si fragile, acceptera-t-elle une fois encore de se compromettre avec la souillure de ce monde pour me rejoindre ici? Non, je n'en vaut sans doute pas la peine...
Mais j'ai tant besoin d'elle... Le doute accroît ma peur, et le temps, si cruel, choisit pour s'arrêter le moment où mon incertitude m'a plongé dans la détresse la plus profonde.

Enfin, la chaleur familière qui m'étreint brise cet instant d'éternité. La douceur de ses bras immatériels autour de mon cou m'apaise, et son souffle à mon oreille me fait entrevoir les merveilles, les décors et les plaisirs inconnus d'univers lointains, si lointains...
Ma plume enfin libérée court sur le papier au rythme de sa voix cristalline, et dans une transe bienheureuse je noircis les pages, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle s'en aille, me laissant vidé de tout énergie,
haletant, frissonnant... mais si vivant... J'aimerais la retenir, mais j'en suis incapable. Personne n'a le droit de lui ôter sa liberté, et je me fustige pour cette pensée indigne d'Elle.

Reprenant peu à peu mes sens, sans relire ce que ma main vient d'inscrire, je range consciencieusement papiers, plume et encrier. Et déjà, un spectre moqueur s'adresse à moi depuis le fond de mon esprit: "Oui, mais viendra-t-elle demain?"
Quoiqu'il en soit, je t'attendrai, ma Muse...

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